« C’est un miracle que je sois vivant »: enrôlé de force par la Russie dans la guerre en Ukraine, ce jeune équatoguinéen témoigne

Attirés par des promesses d’emploi et de rémunérations avantageuses, des centaines de jeunes Africains se sont retrouvés enrôlés dans l’armée russe et envoyés sur le front en Ukraine. Parmi eux, un étudiant équato-guinéen de 22 ans.

En juin dernier, Daniel Angel Masie Nchama, un ancien étudiant en informatique, est enfin rentré chez lui, en Guinée Équatoriale, après avoir vécu sept mois d’enfer sur le front ukrainien. Comme de nombreux jeunes Africains, il avait initialement cru partir en Russie pour travailler dans une société de sécurité. Cependant, son rêve d’une carrière prometteuse s’est rapidement transformé en cauchemar.

Passeport confisqué

Masie, comme beaucoup d’autres, a été victime d’une tromperie. Alors qu’il rêvait de partir à l’étranger, il est convaincu par un Camerounais nommé « Fabrice » de partir en Russie. Il s’envole en décembre 2025, croyant s’y rendre pour suivre une formation militaire. À son arrivée en Russie, son passeport lui est confisqué et il est contraint de signer des documents en russe, qu’il ne comprend pas. Sans préavis, il est envoyé en Ukraine, découvrant sa destination seulement lorsqu’un missile frappe leur véhicule blindé.

« Un soir ils nous ont dit de nous habiller, de monter dans un véhicule blindé, on était déjà en route pour le champ de bataille mais ils ne nous ont rien dit. J’ai réalisé qu’on était sur le front quand un missile nous a touchés. « 

Daniel Angel Masie Nchama, ancien étudiant en informatique

Plus de 1400 Africains enrôlés par Moscou

Masie a passé plusieurs mois près de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, dans des conditions extrêmement difficiles. Le froid glacial, la faim et l’incertitude étaient son quotidien, avec parfois jusqu’à neuf jours sans nourriture. « Nous avons tué un cerf et nous l’avons mangé cru, tellement nous avions faim », raconte-t-il.

À ses côtés, de nombreux autres Africains partageaient son sort, tous enrôlés par Moscou. « Un autre Équato-Guinéen, mais aussi des Camerounais, des Nigériens, des Libyens et aussi des Colombiens », énumère-t-il.

Le collectif « All Eyes on Wagner » a révélé que plus de 1400 hommes du continent africain ont été recrutés entre janvier 2023 et septembre 2025, incluant des Camerounais, des Ghanéens et des Égyptiens.

En mars, malgré les dangers constants, Masie a réussi à alerter ses parents, en Guinée Équatoriale, qui médiatisent l’affaire. Son histoire fait le tour des réseaux sociaux et suscite l’émoi dans le pays.

En réaction, le gouvernement équato-guinéen a rapidement annoncé entreprendre des « démarches diplomatiques » en vue de sa libération. Mais avant d’être enfin extrait du front, il a dû patienter onze longs jours en raison d’incessantes attaques de drones. « J’avais plus peur des drones que des soldats. Si l’un des drones te touche, la malchance peut te tuer, car leur impact est très puissant. »

Un miracle

Masie considère son retour comme un miracle, tout son bataillon ayant été décimé en deux semaines. « Il y a eu des moments où l’on faisait du combat rapproché, corps à corps ; il fallait beaucoup bouger, il fallait beaucoup se déplacer. C’est une grâce et un miracle de Dieu que j’en sois sorti vivant. »

Aujourd’hui, deux mois après son retour, Masie tente de reprendre une vie normale avec sa famille. Cependant, il reste marqué par son expérience, conscient d’être l’un des rares à avoir survécu parmi les centaines d’hommes avec lesquels il a combattu.

Le père de Masie, qui se dit « l’homme le plus heureux du monde », incite les jeunes qui veulent partir et leurs familles à la prudence: « ces promesses, c’est une mort assurée ».


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