L’Union africaine a lancé sous son égide le 7 octobre la création d’une agence de notation financière propre à l’Afrique. Cela alors que 23 pays du continent ne disposent d’aucune notation de la part des trois agences financières mondiales. Un vide qui ne plaît pas aux investisseurs et limite leur capacité à s’endetter. Mais ne pas recevoir de note souveraine par une agence financière internationale n’est pas une peine de mort.
Les pays africains ne sont pas les meilleurs élèves quand il s’agit du remboursement de leur dette. Dans cette classe de 54 États, les appréciations sont parfois sévères: « très spéculatif », « ultra spéculatif » ou même « en défaut avec quelques espoirs de recouvrement ». Mais le pire… certains élèves n’ont même pas de note.
Vingt-trois États africains ne disposent d’aucune note de la part des trois agences de notation financière mondiales (Moody’s, Standard and Poor’s et Fitch). Quelle est leur capacité à rembourser leur dette? Pour les investisseurs étrangers, c’est un mystère.
L’incertitude n’a rien de réjouissant, puisqu’elle se traduit généralement par une hausse des taux d’intérêt des prêts. Et si avoir une mauvaise évaluation n’est déjà pas une bonne nouvelle, “ne pas être noté est considéré comme encore plus risqué”, confie à TV5MONDE Ted Maselesele, directeur par intérim chargé des notations à l’African Credit Rating Agency (AFCRA).
Se priver de fonds pour investir
La dette a cependant un bémol: les taux intérêt. D’après la Plateforme de ressources sur les notations de crédit en Afrique de PNUD, ces derniers sont « influencés » par « les notations de crédit souveraines ». Une mauvaise notation se traduit par des taux d’intérêt plus importants.
Mais si on n’a pas de note? Encore pire: les taux augmentent encore plus. Pourtant, certains États africains hésitent encore à se faire évaluer. « Ils ont une crainte de l’incertitude. Ils ne savent pas comment fonctionne le processus de notation. Et préfèrent ne pas être noté”, explique Ted Maselesele.
Ils « voient comment sont notés leurs homologues » et préfèrent s’abstenir. « Ces pays croient que l’absence de notation est un 5 sur 10, qu’ils sont neutres. Mais ce n’est pas comme ça. C’est pire de ne pas avoir de note. »
Les agences, un passage obligé?
Au-delà des taux élevés, les effets peuvent être encore plus critiques d’après le PNUD. Plus la perception d’un risque est élevée, « moins » les pays « bénéficient de prêts ». Car si les investisseurs pensent qu’il y a de fortes chances de ne jamais se faire rembourser leur argent, ils vont alors le mettre ailleurs.
« Les pays qui ne disposent pas de notation ont plus de difficultés à accéder aux marchés financiers internationaux. Leur capacité à emprunter s’en trouve alors limitée », confie le directeur de l’AFCRA.
Et quand personne ne veut prêter de l’argent, que faire? Les États se tournent vers « le FMI ou la Banque mondiale », des institutions qui sont loin d’être le Père Noël. Leurs financements sont assortis de conditions particulières: des ajustements budgétaires et une libéralisation de l’économie. Des mesures dont les effets ne sont pas toujours ceux escomptés, comme l’a illustré la crise grecque à partir de 2010.
Certains pays africains s’endettent dans leur monnaie locale, un aspect qui n’est pas toujours couvert par le « Big Three ». « On peut noter les deux types de dette, intérieure et extérieure, mais ça dépend de chaque cas », indique anonymement une source d’une agence de notation financière internationale.
Le plus souvent, c’est le pays lui-même qui demande que sa dette locale soit notée. Mais des fois, l’agence évalue sans contrepartie car elle juge « qu’il existe un système économique qui nécessite d’accéder à ce marché financier ».
Cette dette qui resterait dans le vide est couverte par des agences de notation régionales. Des acteurs essentiels, puisque les pays n’ont pas toujours besoin de s’endetter en devise étrangère.
Une note pour la dette en monnaie locale
« Imaginez que vous êtes le Bénin et que vous voulez construire une route chez vous, si vous avez des prestataires locaux qui font des routes, vous vous endettez en Franc CFA. Dans ce cas, on vous donnera une note », confie à Stanislas Zézé, PDG de l’agence de notation africaine, Bloomfield Investment Corporation.
Au deuxième trimestre 2026, 54% de la dette de la République centrafricaine est libellée en francs CFA. Pour sa capacité à rembourser cette dernière, le pays a obtenu une note de BB+ auprès de Bloomfield, qui le classe dans la catégorie spéculative, associée à un risque assez élevé.
Une appréciation peu avantageuse, mais qui présente tout de même un intérêt, selon Hervé Ndoba, ministre des Finances et du Budget. « À partir du moment où nous avons mis toutes nos informations sur la table, nous devenons intéressants pour les investisseurs », avait-il réagi, rappelle le Financier d’Afrique. Le 46% restant de la dette centrafricaine, contractés à l’extérieur, ne bénéficient toutefois d’aucune notation.
Des agences reconnues à l’international
Pour l’entrepreneur, les notes des agences régionales seraient même plus fiables que celles des entités internationales. « Il faut que les occidentaux acceptent qu’ils ne peuvent pas mieux comprendre l’environnement africain que les Africains. On a les mêmes standards d’évaluation et des méthodologies similaires, sauf que notre approche est contextualisée. »
Pour Stanislas Zézé, « aujourd’hui les mentalités ont changé » et même le « Big Three » reconnaît la légitimité des agences régionales. « Quand on voit Standards and Poor’s acheter l’agence panafricaine Agusto & CO, c’est une manière de reconnaître la rigourosité de notre travail. S’ils pensent qu’ils sont mauvais, pourquoi les achèteraient-ils? »
Un sentiment confirmé anonymement par une source d’une agence de notation financière internationale. « Si on identifie une entité locale qui s’avérera compatible avec nos normes et nos approches sur un marché que nous considérons comme porteur, il sera un outil précieux pour renforcer notre présence. »
Aujourd’hui, des liens se tissent entre les agences internationales et régionales. Et dans ce secteur, la réussite dépend toujours des notes, mais de nouveaux enseignants font leur entrée dans les salles de classe.


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