Mali, Niger, Burkina Faso… Africa Corps confronté à des défis sécuritaires au Sahel

Les paramilitaires russes d’Africa Corps, qui ont pris le relais du groupe Wagner, font face à une situation militaire complexe au Mali. Les récents événements pourraient conduire les autorités sahéliennes à réévaluer les résultats et les modalités de leurs partenariats sécuritaires avec Moscou.

Depuis la reprise, fin avril, des offensives menées par plusieurs groupes armés dans des villes stratégiques du Mali, l’efficacité du dispositif sécuritaire russo-malien suscite de nouvelles interrogations. Des images montrant des membres d’Africa Corps quittant la ville de Kidal sous l’escorte de combattants rebelles ont notamment été largement relayées.

Cette séquence représente un revers pour les forces russes, présentes aux côtés de l’armée malienne depuis le retrait des partenaires occidentaux. Elle est également suivie avec attention au Burkina Faso et au Niger, deux pays qui ont eux aussi renforcé leur coopération avec Moscou.

Un partenariat confronté aux réalités du terrain

Les autorités maliennes comptaient sur l’appui russe pour consolider leur dispositif sécuritaire et lutter contre les groupes armés. Elles doivent cependant faire face à la progression du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ainsi qu’aux combattants du Front de libération de l’Azawad (FLA).

Selon les données publiées par le collectif All Eyes on Wagner, le partenariat russo-malien, qui aurait mobilisé environ 2 500 hommes depuis 2022, représenterait un coût compris entre 500 et 900 millions de dollars. Ces estimations, difficiles à vérifier de manière indépendante, alimentent les débats sur les résultats obtenus au regard des moyens engagés.

La Russie continue, pour sa part, d’afficher son soutien aux autorités dirigées par Assimi Goïta. Paul Melly, journaliste et chercheur spécialisé dans le Sahel, estime néanmoins qu’une poursuite de la progression des groupes armés pourrait affecter l’image de Moscou en tant que partenaire sécuritaire.

Peter Tinti, maître de conférences au département des relations internationales de l’Université de Chicago, observe qu’Africa Corps avait déjà réduit son engagement direct dans les combats et que ses résultats sur le terrain demeuraient contrastés.

Une stratégie sécuritaire en débat

Le retrait de Kidal et la persistance de l’instabilité relancent les discussions sur l’approche adoptée dans le nord du Mali. Pour plusieurs spécialistes, la réponse essentiellement militaire ne permet pas, à elle seule, de traiter les causes politiques, économiques et sociales du conflit.

La présence des forces russes fait également l’objet d’accusations concernant des atteintes aux droits humains et des violences contre des civils. Héni Nsaibia, analyste principal pour l’Afrique de l’Ouest au sein de l’Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED), estime que ces incidents ont contribué à accroître la brutalité du conflit. Les autorités maliennes et russes rejettent régulièrement certaines accusations formulées contre leurs forces et défendent leur coopération au nom de la lutte contre le terrorisme et du respect de la souveraineté nationale.

Une perception qui évolue

L’arrivée des partenaires russes avait initialement bénéficié d’un soutien visible au sein d’une partie de la population malienne. En 2022, après la rupture de la coopération militaire avec la France et d’autres partenaires occidentaux, des manifestations favorables à Moscou avaient été organisées à Bamako.

La prolongation de la crise sécuritaire semble toutefois avoir fait évoluer les perceptions. Selon un reportage de TV5 Monde, certains réfugiés maliens installés en Mauritanie associent désormais leur éventuel retour au départ des paramilitaires russes. Cette opinion ne reflète cependant pas nécessairement l’ensemble de la population malienne, au sein de laquelle le partenariat avec la Russie conserve également des soutiens.

Des analystes critiquent par ailleurs l’adaptation des équipements et des méthodes employés aux réalités du terrain sahélien. Ils avertissent que les violences visant les populations civiles peuvent favoriser le recrutement par les organisations djihadistes et compliquer davantage les efforts de stabilisation.

Vers une diversification des partenariats ?

Les difficultés rencontrées au Mali pourraient inciter les gouvernements de la région à diversifier leurs partenaires sécuritaires, estime Alex Vines, directeur du programme Afrique au Conseil européen des relations extérieures. Le Niger et le Burkina Faso, où la présence russe demeure plus limitée, suivent probablement avec attention l’évolution de la situation.

Dans ces deux pays, le JNIM et l’État islamique au Grand Sahara représentent toujours une menace majeure. Une réduction importante de l’engagement russe au Mali pourrait donc avoir des répercussions sur les stratégies sécuritaires de l’ensemble de la région.

Les développements autour de Kidal constituent ainsi un test pour Africa Corps et, plus largement, pour la crédibilité de la Russie comme partenaire militaire au Sahel. L’avenir de cette coopération dépendra autant de ses résultats opérationnels que de sa capacité à répondre aux attentes des gouvernements concernés, tout en tenant compte des besoins des populations civiles. Au-delà du domaine sécuritaire, Moscou pourrait également chercher à préserver ses relations avec les pays sahéliens à travers des partenariats économiques, diplomatiques et commerciaux.


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