L’Afrique abrite 18 % de la population mondiale mais seulement 0,6 % de la capacité mondiale des centres de données, rapporte un rapport de la Banque mondiale centré sur l’Afrique subsaharienne. Au nord du Sahara, le Maroc, l’Égypte et l’Algérie avancent leurs propres stratégies d’intelligence artificielle.
Le dernier Africa Economic Update de la Banque mondiale, publié le 6 octobre sous le titre « Building AI Readiness », est consacré à l’intelligence artificielle. Seuls 5 % environ des centres de données africains sont prêts pour l’IA, et le continent fournit à peine 2 % des données qui servent à entraîner les modèles dans le monde.
Kenya, Nigeria et Afrique du Sud en tête au sud du Sahara
Dans la région, l’activité liée à l’IA reste concentrée au Kenya, au Nigeria et en Afrique du Sud, qui captent l’essentiel du capital-risque et de la production scientifique. La Banque mondiale recommande d’adapter aux besoins locaux des applications peu coûteuses, sans chercher à rivaliser sur les modèles de pointe. Elle cite l’outil Darli AI du ghanéen Farmerline, qui a touché 110 000 agriculteurs dans plus de 27 langues en huit mois.
Le rapport ne couvre pas l’Afrique du Nord, rattachée à une autre région de la Banque mondiale. Trois pays y ont pourtant engagé des plans nationaux d’IA.
L’Égypte, le Maroc et l’Algérie structurent leurs plans
Le Maroc a dévoilé en janvier sa feuille de route « Maroc IA 2030 ». Rabat vise 100 milliards de dirhams de valeur ajoutée, 50 000 emplois directs et indirects et la formation ou la certification de 200 000 talents d’ici à 2030, en s’appuyant sur un réseau d’instituts baptisés Jazari.
En avril, en marge du Gitex Africa de Marrakech, le gouvernement a signé avec Nexus Core Systems la construction de la Nexus AI Factory près de Casablanca avec 1,2 milliard de dollars d’investissement initial, pour une capacité visée de 500 mégawatts à terme. Nvidia, qui fournira les puces, a confirmé le projet fin septembre. Le site doit vendre de la puissance de calcul à toute la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique.
L’Égypte a lancé en janvier 2025 sa stratégie nationale d’IA 2025-2030. Le Caire veut porter la part du secteur des TIC à 7,7 % du PIB et disposer de 30 000 spécialistes de l’IA en 2030.
L’Algérie a formalisé son dispositif plus tardivement. Le gouvernement a examiné le 25 mai le projet de stratégie nationale, construit autour de la donnée, des infrastructures numériques et des compétences. Début août, une réunion de coordination présidée par le ministre de l’Enseignement supérieur, Kamel Baddari, a retenu parmi les priorités le développement de modèles d’IA souverains et l’extension des centres de calcul nationaux.
Les conditions posées par la Banque mondiale
Pour la Banque mondiale, investir dans la puissance de calcul rapportera peu sans électricité fiable et abordable ni gouvernance des données. Elle plaide pour une mutualisation régionale des investissements, la plupart des pays étant trop petits pour financer seuls des centres de données.
Selon l’Africa Data Centres Association, la capacité installée sur le continent devrait tripler d’ici à 2030 sans que sa part du total mondial dépasse 0,6 %, les investissements s’accélérant aussi aux États-Unis, en Europe et en Asie.


Laisser un commentaire