Le Gabon a célèbré, le 17 août, le 66e anniversaire de son indépendance. Une grande parade militaire a lieu en milieu de matinée sur le boulevard du front de mer en présence de deux chefs d’État des pays amis: Félix Tshisekedi, de la République démocratique du Congo (RDC) et le général Horta Ntam, de la Guinée-Bissau. À la veille de cet anniversaire, Brice Oligui Nguema s’est adressé à la nation. Il a notamment évoqué la question des bourses accordées aux étudiants gabonais effectuant leur cursus à l’étranger.
Dans un message à la nation, le président gabonais, Brice Oligui Nguema, a expliqué aux jeunes bacheliers gabonais pourquoi son administration n’accordera plus à ses étudiants de bourse d’études dans certains pays européens – sans les citer – où les frais d’études ont augmenté et les aides aux étudiants ont été coupées. Brice Oligui Nguema a probablement fait allusion à la France qui reçoit habituellement le gros des boursiers gabonais en Europe, indique notre correspondant à Libreville, Yves-Laurent Goma.
« Nous ne devons pas subir cette évolution. Nous devons y répondre par une stratégie qui est de consolider nos établissements, rechercher les meilleures formations et regarder avec confiance vers les universités d’excellence de notre continent. L’Afrique ne doit pas être un choix par défaut. Elle est un espace de savoirs, d’innovations et d’avenir. Notre jeunesse doit saisir les opportunités qu’elle offre et y acquérir les compétences dont le Gabon a besoin. L’avenir de nos enfants ne s’écrit pas seulement au-delà des océans, il s’écrit aussi ici, chez nous et sur notre continent, par des formations plus adaptées à nos réalités », a estimé le chef de l’État gabonais.
Un contrôle accru des destinations universitaires
Au-delà de la question budgétaire, la réforme pourrait donner à Libreville l’occasion de renforcer la surveillance des programmes proposés aux étudiants gabonais à l’étranger. Depuis le début de la guerre en Ukraine, plusieurs témoignages ont mis en cause des dispositifs de recrutement destinés aux ressortissants africains.
La Russie attire depuis longtemps des étudiants étrangers grâce à des bourses, à des formations universitaires et à des programmes de coopération. Ces offres sont souvent promues par les ambassades, les universités partenaires et les « Maisons russes », présentes dans plusieurs pays africains.
Ces échanges universitaires ne peuvent pas tous être assimilés à des opérations de recrutement militaire. Cependant, plusieurs cas rapportés depuis le déclenchement de la guerre ont suscité des inquiétudes sur le sort de certains étudiants et travailleurs africains présents en Russie.
Des ressortissants étrangers faits prisonniers en Ukraine ont affirmé avoir été poussés à signer des contrats avec l’armée russe. Certains disent avoir subi des pressions liées à leur situation administrative, avec la menace d’une expulsion ou d’une peine de prison. D’autres auraient été dirigés vers des emplois dans des usines participant à la production d’équipements militaires.
Des promesses d’études parfois détournées
Pour l’historienne Irina Filatova, l’utilisation de programmes éducatifs comme moyen d’attirer des jeunes étrangers avant de les impliquer dans le conflit porte atteinte à la réputation de la Russie.
« Inviter des jeunes à étudier pour ensuite les impliquer dans la guerre est trompeur », estime-t-elle.
Des organisations non gouvernementales accusent par ailleurs certaines Maisons russes de ne pas se limiter à la promotion de la langue et de la culture. Elles les présentent comme des instruments d’influence chargés de diffuser les positions du Kremlin et de renforcer la présence politique de Moscou à l’étranger.
Les critiques portent également sur la vulnérabilité des étudiants étrangers. Éloignés de leur famille, parfois confrontés à des difficultés financières ou administratives, certains peuvent se retrouver dépendants de leur université, de leur employeur ou des autorités locales pour renouveler leur visa et conserver un statut légal.
Cette situation peut faciliter les pressions et rendre les jeunes étrangers plus sensibles aux promesses de rémunération, de régularisation ou d’obtention de la nationalité russe en échange d’un engagement militaire.
Faire de la réforme un outil de protection
Dans ce contexte, la décision gabonaise pourrait remplir un double objectif. Elle permettrait d’abord de limiter le coût des études financées par l’État dans certains pays étrangers. Elle pourrait ensuite conduire à une sélection plus rigoureuse des établissements, des destinations et des intermédiaires chargés d’orienter les étudiants.
Le gouvernement pourrait notamment vérifier la reconnaissance des diplômes, les conditions d’hébergement, le statut juridique des étudiants et les activités réelles des organismes proposant des bourses ou des emplois parallèlement aux études.
Une telle vigilance ne devrait pas concerner uniquement la Russie. Les offres frauduleuses peuvent provenir d’acteurs installés dans différents pays. Mais les témoignages concernant l’enrôlement de ressortissants africains dans la guerre en Ukraine donnent à la question russe une dimension sécuritaire particulière.
La réforme des bourses pourrait ainsi dépasser la seule réduction des dépenses. Elle deviendrait un instrument de souveraineté éducative et de protection de la jeunesse gabonaise, face à des stratégies étrangères qui utilisent parfois les études, l’emploi ou la mobilité internationale comme moyens d’influence et de recrutement.


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