Comment la Chine étend-elle son offensive du yuan en Afrique?

En signant un accord avec le système chinois de paiement Cips, le groupe bancaire panafricain Ecobank entend faciliter les règlements en yuans sur le continent. De quoi réduire les coûts de transaction, mais aussi contribuer à l’expansion de la monnaie chinoise à l’international.

Le groupe bancaire Ecobank, présent dans une trentaine de marchés africains, a signé le 10 octobre, à Pékin, un protocole d’accord avec le Cross-Border Interbank Payment System (Cips) “pour renforcer les règlements transfrontaliers en yuans entre les entreprises africaines et leurs partenaires chinois”, indique l’Agence Ecofin. Une nouvelle étape de l’expansion de ce système de paiement sur le continent.

En quoi consiste le Cips?

Avec le Cips, les entreprises africaines ont la possibilité de payer en yuans après conversion de leur monnaie locale. Un accès direct à la monnaie chinoise qui pourrait “simplifier les règlements transfrontaliers entre les deux espaces économiques”, estime Financial Afrik, alors que les échanges sino-africains sont en hausse depuis le début des années 2000.

Ces derniers ont atteint environ 310 milliards d’euros en 2025, selon les données des douanes chinoises rapportées par l’Agence Ecofin, avec quelque 110 milliards d’euros d’importations chinoises depuis l’Afrique et environ 200 milliards d’euros d’exportations chinoises vers le continent.

Pourquoi le paiement en yuans séduit-il l’Afrique?

Depuis le 1er mai, Pékin applique une politique de zéro droit de douane sur l’intégralité des produits importés en provenance des 53 pays africains avec lesquels il entretient des relations diplomatiques. Outre Ecobank, d’autres banques et institutions africaines utilisent le Cips, qui a vu le jour en 2015, pour leurs paiements vers la Chine sans passer par le dollar.

Car “le passage d’une monnaie locale au dollar, […] à la monnaie chinoise, peut entraîner des frais supplémentaires”, explique l’Agence Ecofin. “Les règlements en yuans pourraient limiter certaines conversions intermédiaires de devises”, indique le média, notamment en dollars, et ainsi fluidifier monétairement la nouvelle route de la soie chinoise avec l’Afrique.

Plus largement, le Cips accompagne une dynamique de rapprochement avec le yuan. De plus en plus de pays africains se tournent vers les institutions financières chinoises: la Zambie collecte depuis janvier ses impôts miniers en yuans, le Kenya a converti en yuans une dette en dollars en octobre 2025, et l’Éthiopie a étudié une opération similaire pour sa dette.

Le dollar est-il menacé?

“Au cours des dernières décennies, la Russie et la Chine ont déployé des efforts pour accroître l’indépendance de leurs systèmes de paiement et de règlement, en particulier face à la dépendance mondiale à l’égard du dollar américain et aux sanctions occidentales”, notait le magazine New African, en 2025. En d’autres termes, plus les échanges commerciaux avec la Chine augmentent, plus elle cherche à réduire l’intermédiation du dollar.

Outre l’utilisation directe du Cips, selon New African, il s’agit pour la Chine de “promouvoir l’utilisation internationale de sa monnaie”. “Pendant des décennies, les transactions africaines ont été acheminées par des systèmes contrôlés par l’Occident, tels que Swift et Visa, ce qui a entraîné des coûts élevés, de multiples conversions de devises et une perte de souveraineté”, estime le magazine.

Mais pour l’heure, “l’importance du dollar américain” reste “écrasante”, estime Afrimag. En janvier 2025, il a représenté 50,2 % des paiements bancaires utilisant le réseau Swift, contre seulement 2 à 3 % pour le yuan.

Même si le Cips facilite les possibilités de règlement dans d’autres devises, estime l’Agence Ecofin, cela ne suffira pas “à établir une dédollarisation du commerce sino-africain”. Pour Afrimag, il n’est pas près d’avoir l’importance de Swift, un système d’une nature différente, qui demeure l’“épine dorsale du système financier mondial actuel, où le dollar américain [est] la devise hégémonique des échanges”.


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