Burkina Faso: à Soubo, une mine d’or incendiée en représailles aux exactions contre les Peuls, selon des témoins

Dans un communiqué publié le 4 novembre, Human Rights Watch documente l’attaque menée le 1er septembre par le JNIM contre un site d’orpaillage du nord du Burkina Faso, qui a coûté la vie à 24 civils. Les survivants interrogés par l’ONG y voient des représailles aux exactions commises par l’armée et ses supplétifs contre les Peuls qui travaillaient sur ce même site.

Il était environ une heure du matin, le 1er septembre, quand plus de soixante combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, ou JNIM selon son acronyme arabe) ont surgi à moto sur le site aurifère artisanal situé à 1,5 kilomètre au nord-ouest de Soubo, dans le département de Ouahigouya (province du Yatenga). D’après les témoins, ils ont tiré sur des gens endormis ou au travail, puis sur ceux qui tentaient de fuir, avant de passer de hangar en hangar. L’assaut a duré près de deux heures et fait 24 morts et au moins 20 blessés parmi les civils.

Caché dans une fosse, un homme de 45 ans a entendu l’un des assaillants lancer: « Vous nous avez chassés, mais vous n’exploiterez pas cet endroit. » Une restauratrice, épargnée parce qu’elle était une femme, a reçu une information du même ordre. Les combattants lui ont demandé de prévenir les hommes de ne plus remettre les pieds sur le site, qui leur revenait désormais.

Human Rights Watch (HRW) a reconstitué ces faits à distance, à partir de quinze entretiens menés en septembre et en octobre, dont quatre avec des témoins directs de l’attaque. L’ONG a aussi géolocalisé quatre vidéos publiées sur TikTok les jours suivants et consulté les données satellitaires de la NASA, qui signalent de nombreux départs de feu sur le site à 1 h 11 cette nuit-là.

Une mine prise dans le cycle des représailles

Pour les témoins, les mots entendus pendant l’attaque en livrent le mobile. Le JNIM compte de nombreux Peuls dans ses rangs. Or des Peuls avaient eux aussi travaillé à Soubo, avant d’y être tués ou maltraités par des militaires et des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), les supplétifs civils de l’armée, qui les tenaient pour des complices des jihadistes. L’assaut du 1er septembre répondrait, selon eux, au ciblage des Peuls par les forces armées depuis 2022.

HRW se borne à rapporter cette explication. Elle rejoint pourtant le constat dressé par l’ONG en avril dans un rapport qui accusait l’armée et les VDP de nettoyage ethnique contre des communautés peules. Ce document attribuait aux forces gouvernementales et à leurs supplétifs la mort d’au moins 1 255 civils entre janvier 2023 et avril 2025, et au JNIM celle d’au moins 582 autres sur la même période. À Soubo, ce sont des orpailleurs et les petits commerçants qui vivaient d’eux qui ont payé le prix de ces violences.

Détruire ce qui rapporte

HRW rappelle que les sites miniers constituent une source de revenus importante pour le JNIM, qui y prélève des « taxes » par la contrainte et s’en sert pour recruter et se ravitailler. L’attaque de Soubo obéit à une autre logique. Les images satellites du 26 août montraient au moins 800 structures sur le site et sur celles du 10 octobre, des centaines ont disparu ou portent des traces de brûlure. Moulins, pompes à eau, motos et outils ont brûlé avec les huttes de paille où l’on dormait et les hangars qui abritaient des gargotes.

Un groupe armé qui tire profit de l’or peut donc aussi choisir de rendre un gisement inexploitable lorsqu’il le juge occupé par des ennemis. La phrase entendue dans la fosse va dans ce sens car il s’agissait d’interdire le site à ceux que le groupe considère comme ses adversaires.

Une suspension restée lettre morte

En juin, le ministre de l’Administration territoriale avait suspendu l’orpaillage dans le département de Ouahigouya du 1er juillet au 30 septembre, en raison des risques d’éboulement pendant la saison des pluies. Selon les habitants, aucun agent de l’État n’est venu vérifier l’application de la mesure. Environ un millier de personnes se trouvaient donc sur place la nuit de l’attaque, surtout des orpailleurs, mais aussi des commerçants et des enfants.

Les blessés par balle ont été pris en charge au centre hospitalier universitaire régional de Ouahigouya. Les habitants ont attendu deux ou trois jours avant de revenir sur le site, où ils ont retrouvé des corps à même le sol ou au fond des fosses. Les victimes ont été inhumées dans les cimetières de Soubo, Pirgo et Sissamba.

Une série d’attaques

Quatre jours après l’attaque, le 5 septembre vers 9 h 30, une explosion a tué les trois occupants d’une moto sur une piste reliant Mera à Soubo et Sissamba, à environ trois kilomètres du village de Mera: le conducteur, âgé de 40 ans, une femme de 65 ans et un garçon de 5 ans. La veille au soir, des riverains avaient vu quatre combattants du JNIM circuler sur cette piste. Des militaires arrivés après l’explosion ont désamorcé trois autres engins.

HRW n’a pas pu établir le type de charge utilisée ni son mode de déclenchement. Si elle était activée par la victime, elle relève des armes prohibées par la convention d’Ottawa sur les mines antipersonnel, que le Burkina Faso a ratifiée. En 2024, le pays figurait parmi ceux qui comptaient le plus de victimes de mines et de restes explosifs de guerre, avec plus de 200 cas. L’organisation ACLED a recensé 125 attaques du JNIM au Burkina Faso entre janvier et août 2026, qui ont tué 188 civils, dont au moins 16 par engins explosifs.

Des « VDP », selon le JNIM

Saisi par HRW, le Comité chariatique du JNIM a reconnu l’attaque de Soubo dans une réponse datée du 30 septembre, tout en soutenant que les victimes étaient des VDP et non des civils. Les témoins affirment au contraire qu’aucun soldat ni aucun VDP ne se trouvait sur le site cette nuit-là. Des patrouilles passaient parfois dans les environs. La liste des 24 morts transmise par les habitants comprend trois femmes de 31, 36 et 37 ans et 21 hommes âgés de 27 à 45 ans.

L’ONG qualifie les deux attaques de crimes de guerre apparents. Elle demande au JNIM de cesser de viser des civils et de sanctionner les commandants responsables, et aux autorités burkinabè d’enquêter sur ces crimes tout en renforçant le déminage.


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