Dans un long article, “Al-Jazeera” part à la rencontre des membres du groupe d’autodéfense Pulaku, composée essentiellement de Peuls. Si ses actions pour protéger les populations face à la hausse des enlèvements et du banditisme sont louées, voire prisée par les forces sécuritaires, Pulaku fait également l’objet d’accusations de violations des droits humains.
Une nuit de mai 2023, des hommes vêtus de noir au visage masqué avaient fait irruption au domicile de Daniel Musa, dans l’État d’Adamawa, dans le nord-est du Nigeria. Chez cet éleveur de 49 ans, ils avaient dérobé tout ce qu’ils avaient trouvé: argent, téléphones, nourriture. Puis l’homme avait été conduit dans la montagne, et ses ravisseurs avaient appelé sa famille pour réclamer une rançon en échange de sa libération.
Trois jours plus tard, le pasteur avait été libéré, non à la suite d’une transaction financière, mais à la faveur de l’intervention armée d’hommes “vêtus d’uniformes vert olive”, narre Al-Jazeera. Des membres de Pulaku: “Une organisation d’autodéfense à prédominance peule qui lutte contre les enlèvements et le vol de bétail dans le nord-est du Nigeria.”
Soixante-dix-sept personnes ont été enlevées entre juillet 2025 et juin 2026 dans cet État nigérian selon les données du cabinet de conseil SBM Intelligence, tandis que le vol de bétail se chiffre en dizaines de milliers de têtes chaque année.
Un contexte d’insécurité généralisée
La milice communautaire Pulaku, distincte de l’organisation culturelle peule Pulaaku présente dans de nombreux pays africains, compte environ 500 membres. Elle opère essentiellement dans l’État d’Adamawa, et parfois dans l’État voisin de Taraba. Financée sur fonds propres, elle a aussi bénéficié d’appuis du gouvernement, et collabore avec la police lors d’opérations conjointes. Sa connaissance du milieu est prisée.
Mais officieusement, elle n’est pas “autorisée à placer les suspects en détention provisoire, à mener des interrogatoires, ni à infliger des sanctions”. Or Al-Jazeera a interviewé un homme au dos constellé de “cicatrices en relief”, qui affirme avoir été passé à tabac en mars 2025 par les miliciens de Pulaku. Ces derniers ont nié les faits.
Au-delà de cette contradiction presque inhérente aux groupes d’autodéfense, “les tensions autour de Pulaku reflètent un dilemme bien plus large au Nigeria, où les communautés confrontées aux enlèvements, au banditisme et à d’autres formes de violence se tournent de plus en plus vers des groupes armés de volontaires pour assurer leur protection”, analyse le média panarabe.
Et de décrire la multitude de formes d’insécurité auxquelles la population est confrontée, entre l’insurrection de groupes djihadistes dans le Nord-Est, “les conflits liés à la terre et à l’eau, le vol de bétail, […] la prolifération de gangs criminels armés [qui] entraînent des meurtres et des enlèvements, [ainsi que] les pressions climatiques et la concurrence pour les ressources”. Des menaces qui débordent les forces de police et militaires.


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