Depuis le début du règne de Mohammed VI, le Maroc déploie en Afrique une stratégie de long terme fondée sur trois leviers: l’économie, la coopération sécuritaire et l’influence religieuse. Cette politique lui permet aujourd’hui d’occuper une place centrale au Sahel, malgré les profondes divisions qui traversent la région.
En avril 2025, le souverain marocain a reçu à Rabat les ministres des Affaires étrangères du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont alors réaffirmé leur soutien à l’Initiative royale visant à faciliter leur accès à l’océan Atlantique. Cette rencontre illustre la capacité du Maroc à dialoguer aussi bien avec l’AES qu’avec la CEDEAO, sans s’aligner exclusivement sur l’un des deux blocs.
Cette position repose sur une présence africaine construite depuis plusieurs décennies. Les banques marocaines, Maroc Telecom et le groupe OCP sont implantés dans de nombreux pays du continent. Rabat présente cette expansion comme une coopération Sud-Sud destinée à favoriser les investissements, le développement agricole et la sécurité alimentaire. Le retour du Royaume au sein de l’Union africaine en 2017 a renforcé cette orientation.
La dimension atlantique constitue désormais le cœur de cette stratégie. Lancée en 2023, l’Initiative marocaine de désenclavement du Sahel doit permettre aux pays enclavés d’accéder aux ports marocains. Tanger Med, Nador West Med et le futur port de Dakhla sont appelés à jouer un rôle majeur dans la création de nouveaux corridors commerciaux entre le Sahel, l’Atlantique et l’Europe.
Le Gazoduc Afrique-Atlantique, reliant à terme le Nigeria au Maroc, complète ce dispositif. Au-delà de sa dimension énergétique, ce projet doit favoriser l’intégration économique des pays traversés et renforcer la position du Royaume comme plateforme régionale reliant l’Afrique de l’Ouest aux marchés européens.
L’influence marocaine s’appuie également sur les liens religieux et sécuritaires. La formation d’imams africains à un islam modéré, les relations historiques avec les confréries soufies ainsi que l’accueil d’officiers sahéliens dans les académies militaires marocaines contribuent à créer des réseaux durables. La coopération en matière de renseignement et de lutte contre le terrorisme renforce aussi la crédibilité de Rabat auprès de ses partenaires africains et occidentaux.
La doctrine africaine du Maroc repose ainsi sur une « neutralité active ». Le Royaume coopère avec les États-Unis et l’Europe tout en maintenant des relations pragmatiques avec la Chine, la Russie et les monarchies du Golfe. Dans un environnement multipolaire, Rabat cherche à préserver son autonomie, à dialoguer avec tous les acteurs et à se présenter comme un partenaire africain de long terme, sans conditionnalité politique.


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