Après un été caniculaire rythmé par d’importants feux de forêt en Algérie, le Président Abdelmadjid Tebboune a annoncé son intention de modifier, avant le 15 septembre 2026, le Code pénal afin de permettre l’exécution de personnes reconnues coupables d’incendies volontaires. Ces propos portent atteinte à la séparation des pouvoirs et s’inscrivent dans une instrumentalisation politique de la peine de mort, une peine injuste, inhumaine et inefficace.
Paris, Alger, 14 septembre 2026. Si la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) est évidemment solidaire des victimes des récents incendies, de leurs familles, ainsi que de toutes les personnes mobilisées pour venir en aide aux populations affectées, la réponse pénale qui se dessine sous l’impulsion du Président Abdelmadjid Tebboune est inquiétante. La gravité des incendies volontaires et les pertes humaines qu’ils ont entraînées appellent une réponse judiciaire sérieuse, indépendante et efficace. Elles ne sauraient justifier le rétablissement des exécutions, d’autant plus que des personnes ont déjà été arrêtées dans le cadre d’enquêtes sur ces feux.
La peine de mort est déjà prévue par le code pénal algérien lorsque l’incendie volontaire entraîne la mort d’une ou plusieurs personnes (article 399). La modification demandée par le Président Tebboune viserait à étendre la peine capitale aux auteur·es d’incendies volontaires de forêts, indépendamment de la survenance d’un décès, et à permettre l’exécution effective des condamnations. Elle constituerait ainsi à la fois un élargissement du recours à la peine de mort et une rupture avec le moratoire sur les exécutions observé depuis 1993.
« La gravité d’un crime ne saurait jamais légitimer la peine de mort. Face aux incendies criminels comme face à toute autre infraction, la justice doit poursuivre, juger et sanctionner les responsables, mais elle ne peut répondre à la mort par la mort. Réintroduire les exécutions en Algérie constituerait une régression historique et une rupture avec plus de 30 ans de moratoire de fait. Le pouvoir algérien se grandirait non pas en réactivant l’échafaud, mais en transformant ce moratoire en abolition définitive et en affirmant sans ambiguïté que le droit à la vie ne dépend ni de la nature du crime ni des circonstances politiques », déclare Aissa Rahmoune, secrétaire général de la FIDH et président du Collectif de sauvegarde de la Ligue algérienne des droits de l’Homme (CS-LADDH).
Aucune d’exécution en Algérie depuis 1993
Même si des peines de mort sont régulièrement prononcées, l’Algérie est un pays qui ne procède plus à l’exécution de la peine capitale depuis 33 ans. Elle a par ailleurs, au cours des dernières années, soutenu les résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies appelant les États à instaurer un moratoire sur les exécutions en vue de l’abolition de la peine de mort. Évoquer le rétablissement de l’exécution ou l’élargissement de la peine capitale est un recul majeur pour les droits humains et un signal profondément préoccupant au regard des engagements internationaux du pays.
La lutte contre les incendies volontaires doit reposer sur des enquêtes indépendantes et rigoureuses, l’établissement des responsabilités sur la base de preuves, le respect de la présomption d’innocence et la pleine garantie des droits de la défense. Toute personne poursuivie doit bénéficier d’un procès équitable devant une juridiction indépendante et disposer de voies de recours effectives.
La FIDH, membre fondateur de la Coalition mondiale contre la peine de mort et membre de son Comité de pilotage et son organisation membre en Algérie, le CS-LADDH, réaffirment leur opposition à la peine capitale en toutes circonstances, quels que soient le crime commis, sa gravité ou l’émotion qu’il suscite. La justice doit sanctionner les crimes, mais elle ne doit pas tuer au nom des victimes, de la société ou de l’État.


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