Maroc-Espagne : afflux de migrants à Ceuta, neuf morts

Des centaines de personnes ont convergé dans la soirée du 30 juillet dans le nord du Maroc vers l’enclave espagnole de Ceuta. Plusieurs milliers de migrants y sont entrés ces derniers jours et neuf sont morts en tentant de la rejoindre à la nage.

Jeudi 30 juillet au soir, à environ 15 kilomètres de Fnideq, localité marocaine jouxtant Ceuta, la route était encombrée par des véhicules transportant des jeunes, dont des mineurs, se dirigeant vers la ville espagnole. D’autres groupes marchaient le long de la route avant d’emprunter des chemins secondaires afin d’éviter les barrages de la gendarmerie.

L’un d’entre eux a dit avoir pris la route après « avoir entendu que la frontière avait été ouverte au poste-frontière de Bab Sebta » (la porte de Ceuta).

Plusieurs centaines de personnes, pour la plupart des hommes et adolescents, sont entrées illégalement, ce 30 juillet, à Ceuta, venant s’ajouter au plus de 1 500 migrants arrivés « ces derniers jours » selon les autorités régionales, qui avaient déjà annoncé au moins un mort. Neuf personnes sont décédées jeudi en tentant de rejoindre à la nage Ceuta depuis le Maroc.

Giorgia Meloni se saisit du sujet

Le gouvernement espagnol a annoncé que des soldats seraient déployés pour garantir la sécurité sur ce territoire de la côte nord de l’Afrique. Si leur nombre n’a pas été précisé, la Garde civile sera renforcée par l’envoi de 70 agents, qui s’ajouteront aux 80 déjà présents sur place, et des équipes de plongeurs ainsi que des navires des garde-côtes seront envoyés.

Dénonçant des « images choquantes » venues de Ceuta, le 30 juillet, la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni a dit vouloir suspendre l’Espagne de l’espace Schengen, après une déclaration similaire du ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani.

Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Luis Albares, a alors critiqué un message « inapproprié » de la part « d’un pays partenaire et ami, dont [les Espagnols attendent] une solidarité européenne et non une démagogie partisane » et convoqué l’ambassadeur d’Italie à Madrid.

Retour « dès que possible » au Maroc

Le président de la ville autonome de Ceuta, Juan Vivas, a évoqué une urgence « absolue » dans des centres d’accueil « débordés et saturés ».

Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a annoncé qu’il se rendrait à Ceuta ce vendredi 31 juillet « pour suivre l’évolution de la situation » et rencontrer les autorités locales, saluant aussi la « coopération exemplaire » avec le Maroc. Les deux pays mettront en œuvre « des mesures pour le transfert » vers le Maroc « dès que possible, de toutes les personnes qui sont entrées illégalement à Ceuta », a-t-il ajouté.

Mais l’opposition espagnole s’est emparée du sujet. Alberto Núñez Feijóo, le leader du Parti populaire, parti d’opposition de droite, a ainsi dénoncé « une situation désespérée » et « une crise de sécurité nationale ». Ceuta, ainsi que l’autre enclave espagnole de Melilla et le rocher de Peñón Vélez de la Gomera, plus à l’est, constituent les seules frontières terrestres de l’Union européenne sur le continent africain.

Échange entre les autorités des deux pays

Il n’a pas été possible d’obtenir dans l’immédiat de commentaire des autorités marocaines. Mais une source officielle marocaine a indiqué, sous le couvert de l’anonymat, que les autorités des deux pays avaient échangé sur le sujet.

En 2021, plus de 10 000 migrants avaient atteint Ceuta depuis le Maroc voisin en deux jours, à la faveur d’un relâchement des contrôles par Rabat, sur fond de crise entre les deux pays au sujet de l’accueil en Espagne pour y être soigné du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario.

Cette crise diplomatique a pris fin en 2022 avec le revirement de Madrid en faveur du plan marocain sur le Sahara occidental, après des décennies de neutralité. Ce soutien avait entraîné une brouille diplomatique entre Madrid et Alger.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez s’est toutefois rendu à Alger le 20 juillet, la première visite en quatre ans d’un chef du gouvernement espagnol, concrétisant ainsi un réchauffement des relations avec l’Algérie. Les relations entre Madrid et Rabat « n’ont pas été affectées » par cette visite, a assuré une source au ministère espagnol des Affaires étrangères.

(Avec AFP)


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