Promesses d’emploi, formations fictives, contrats trompeurs: de plus en plus de ressortissants africains se retrouvent impliqués dans la guerre en Ukraine, soit comme combattants, soit comme ouvriers dans l’industrie militaire russe. Plusieurs gouvernements africains tirent désormais la sonnette d’alarme.
Le gouvernement du Botswana a dénoncé un phénomène qu’il juge « alarmant »: un nombre croissant de ses ressortissants seraient attirés en Russie par de fausses promesses d’emploi avant d’être contraints de combattre sous uniforme russe dans la guerre contre l’Ukraine.
Dans un communiqué publié samedi, le ministère botswanais des Relations internationales affirme que des réseaux de recrutement utilisent des méthodes trompeuses pour convaincre de jeunes citoyens de partir en Russie. Une fois sur place, ces derniers seraient envoyés sur le front.
«Des rapports récents indiquent que le nombre de Botswanais entraînés par tromperie dans ce type d’arrangements augmente à un rythme alarmant», souligne le ministère, ajoutant recevoir «des appels déchirants de Botswanais se trouvant déjà sur la ligne de front, décrivant les conditions périlleuses auxquelles ils sont confrontés».
Les autorités n’ont pas précisé combien de leurs ressortissants seraient actuellement en Russie ou en Ukraine. En décembre dernier, elles avaient toutefois indiqué qu’au moins deux jeunes Botswanais avaient probablement été recrutés de cette manière.
Plus de 1 400 Africains recrutés
Le Botswana n’est pas un cas isolé. Depuis plusieurs mois, plusieurs États africains ont signalé que certains de leurs citoyens avaient été dupés pour rejoindre les rangs de l’armée russe. Beaucoup auraient perdu la vie sur le champ de bataille.
Selon le collectif All Eyes on Wagner, qui surveille les activités des réseaux de recrutement liés aux structures militaires russes, plus de 1 400 Africains ont été recrutés entre janvier 2023 et septembre 2025 pour combattre en Ukraine. Plus de 300 d’entre eux seraient morts.
Les principaux contingents proviendraient d’Égypte, du Cameroun et du Ghana, mais plusieurs pays d’Afrique australe ont également signalé des cas similaires.
Les femmes africaines également ciblées
Le recrutement russe ne concerne pas uniquement les hommes. De jeunes Africaines sont elles aussi attirées par des campagnes de communication diffusées sur les réseaux sociaux.
Âgées pour la plupart de 18 à 22 ans, elles se voient promettre une formation professionnelle, un emploi dans l’hôtellerie ou la restauration ainsi qu’une vie meilleure en Russie. Le billet d’avion et le logement leur sont souvent offerts dans le cadre du programme Alabuga Start.
La réalité est toutefois bien différente. Selon plusieurs enquêtes menées par le média éthiopien The Reporter, Jeune Afrique et relayées par Courrier international, nombre de ces jeunes femmes sont finalement affectées à des usines de fabrication de drones militaires situées dans la zone économique spéciale d’Alabuga, au Tatarstan, à près de 1 000 kilomètres à l’est de Moscou.
Des Éthiopiennes, Tanzaniennes, Maliennes, Burkinabè, Congolaises et d’autres Africaines participeraient ainsi à l’assemblage de drones destinés à soutenir l’effort de guerre russe.
Le journal ukrainien Ukrayinska Pravda estime que plus d’un millier de femmes africaines auraient déjà rejoint le complexe industriel d’Alabuga, tandis qu’un nombre équivalent de nouvelles recrues serait attendu.
Une campagne de recrutement soigneusement orchestrée
Pour séduire ces candidates, les recruteurs misent sur des vidéos promotionnelles diffusées sur Instagram, Facebook ou TikTok.
Dans l’une d’elles, une jeune Congolaise témoigne de son expérience devant les caméras du programme Alabuga. «J’ai découvert ce programme sur Internet. Je me suis dit que je ne pouvais pas dépendre uniquement de mes parents. Ce programme m’a permis de me développer et d’acquérir une formation», affirme-t-elle.
Pour plusieurs observateurs, ces témoignages participent d’une stratégie de communication destinée à rassurer les futures recrues. Jeune Afrique souligne par ailleurs que les responsables du programme ont multiplié les contacts avec plusieurs représentations diplomatiques africaines. Des rencontres auraient notamment eu lieu avec les ambassades du Mali, ainsi qu’avec des représentants de la Sierra Leone, du Zimbabwe, du Kenya, de la Tanzanie et du Burkina Faso.
Un besoin croissant de main-d’œuvre
Ces opérations de recrutement interviennent alors que la Russie cherche à compenser les pertes humaines enregistrées depuis le début de son invasion de l’Ukraine, lancée le 24 février 2022 sur ordre du président russe Vladimir Poutine.
Alors que le conflit s’enlise et que les efforts diplomatiques restent dans l’impasse, Moscou semble intensifier ses campagnes de recrutement à l’étranger, visant aussi bien des combattants que des travailleurs destinés à soutenir son industrie militaire.
Ces activités de recrutement ne se limitent pas à l’Afrique australe et orientale. Elles s’étendent également aux pays du Sahel ainsi qu’à ceux d’Afrique du Nord, y compris l’Algérie et le Maroc, selon plusieurs sources qui suivent de près les efforts de recrutement déployés par la Russie à travers le continent africain.
Pour plusieurs gouvernements africains, cette évolution soulève des inquiétudes croissantes quant à la protection de leurs ressortissants face à des réseaux de recrutement de plus en plus sophistiqués, exploitant les difficultés économiques et les perspectives limitées d’emploi sur le continent.


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