Au Mali, les avocats de la défense poursuivent ce 22 juillet leurs plaidoiries dans le procès de la « tentative de complot contre le gouvernement ». Les six co-accusés, emprisonnés depuis près de cinq ans et sauvagement torturés, sont liés à l’ancien président de transition Bah N’Daw, qui avait été nommé à ce poste par les militaires auteurs du coup d’État d’août 2020, avant d’être renversé en mai 2021 par ces mêmes militaires, parce qu’il voulait écarter certains d’entre eux du gouvernement. Mardi, le procureur a requis 20 années de prison pour cinq des six co-accusés, dont l’ancien chef de la sécurité d’État et l’ex-secrétaire général de la présidence.
C’est le maximum prévu : 20 années de réclusion criminelle pour tous les accusés, à l’exception du commissaire de police Moustapha Diakité, pour qui le procureur a demandé l’acquittement. L’ancien secrétaire général de la présidence, Kalilou Doumbia, avait été mis hors de cause dès 2022 par un juge d’instruction qui avait demandé sa libération, sans l’obtenir. Il est cité dans l’affaire comme « complice ». Le procureur demande désormais qu’il soit condamné, comme les autres, au titre d’« auteur principal ». À ses yeux, la concertation pour attenter aux institutions de l’État et la culpabilité des cinq hommes ne fait « aucun doute ».
Les témoignages sur des tortures balayés par le procureur
Selon des sources présentes dans le tribunal, le procureur n’a pas mentionné les graves accusations de détournements de fonds publics soulevées par le colonel Kassoum Goïta contre les militaires au pouvoir. Il a en revanche évoqué les tortures subies et décrites par les co-accusés dans leurs témoignages, pour les balayer : selon lui, ces tortures auraient dû faire l’objet d’une procédure spécifique « au moment opportun ».
Les avocats de la défense avaient pourtant, dès le premier jour du procès, demandé la nullité des poursuites en raison de ces tortures, et rappelé qu’une plainte avait été déposée dès 2021, notamment pour « tortures », contre l’actuel directeur de la sécurité d’État, le général Modibo Koné. Cette plainte n’a jamais connu de suite. Le procureur, comme la justice malienne, a donc choisi d’ignorer son existence.
De son côté, le contentieux de l’État a estimé que les accusations avaient été confirmées pendant le procès, mais s’est limité à demander le versement d’un franc CFA symbolique pour réparation des préjudices subis.
« Le courage de dire le droit »
Les avocats de la défense ont ensuite commencé leurs plaidoiries : demandant la relaxe pure et simple de tous les accusés, ils ont rappelé les nombreuses irrégularités de procédure, depuis l’enlèvement illégal de leurs clients il y a bientôt cinq ans, en passant par les tortures subies et autres violations flagrantes de leurs droits.
Ne cachant pas leur indignation, les avocats ont souligné qu’aucune preuve matérielle de leur culpabilité n’avait été apportée, et que le seul tort de Kalilou Doumbia était d’avoir lu en mai 2021 à la télévision la composition du nouveau gouvernement promulgué par le président Bah N’Daw, ce qui avait provoqué la colère des militaires qui dirigent le pays, mais qui relevait de son strict devoir en tant que Secrétaire général de la Présidence.
La défense a enfin estimé que l’unique accusateur, sur qui repose la totalité du dossier, avait fourni un témoignage « défaillant », n’étant même pas en mesure de reconnaître ni le visage ni la voix de ceux qu’il prétend dénoncer. Les avocats ont donc demandé aux juges d’avoir « le courage de dire le droit ».
Les plaidoiries se poursuivent ce mercredi.


Laisser un commentaire